En 1744, se trouvant à Metz et souffrant d’une grave maladie, le roi, Louis XV fait le vœu, s’il survit, de créer une grande basilique à la place de la vieille église gothique dédiée à sainte Geneviève (patronne protectrice de Paris depuis qu’elle a sauvé la ville de l’invasion du terrible Attila). Rétabli et de retour à Paris, il charge le marquis de Marigny, directeur général des bâtiments, d’édifier le monument en lieu et place de l’ancienne abbaye Sainte-Geneviève, alors en ruines. En 1755, le marquis de Marigny confie la responsabilité des plans à l’architecte Jacques-Germain Soufflot, qui avait envoyé de Rome un projet adopté par acclamation.
Les fondations sont creusées dès 1758. Louis XV pose la première pierre le 6 septembre 1764.
Des difficultés financières et la mort de Soufflot en 1780 retardent en outre la construction de l’édifice qui ne sera finalement achevé qu’en 1790, en pleine Révolution Française.
Au fronton, est placée l’inscription suggérée par Pastoret : « Aux grands hommes, la patrie reconnaissante ».
En effet, la Révolution a éclaté entre temps et l’Assemblée nationale décide, par un décret du 4 avril 1791, d’utiliser l’édifice qui vient d’être achevé et n’est pas encore consacré comme église, afin qu’il serve de nécropole aux personnalités exceptionnelles qui contribueront à la grandeur de la France : « que le temple de la religion devienne le temple de la patrie, que la tombe d’un grand homme devienne l’autel de la liberté ». Il est nommé « Panthéon français ».
Sous le Premier Empire, par le décret du 20 février 1806, le bâtiment est à la fois le lieu d’inhumation des grands hommes de la patrie et un lieu de culte. La crypte reçoit donc le cercueil de grands serviteurs de l’État, tandis que dans la partie supérieure se déroulent des cérémonies religieuses notamment liées aux commémorations impériales.
De 1821 à 1830, le monument n’est plus un panthéon par une ordonnance du 12 décembre 1821 ; Louis XVIII et Charles X le rétablissent exclusivement dans sa fonction d’église (consacrée à sainte Geneviève). Cependant, les tombes n’en sont pas retirées : d’ailleurs, alors que ses courtisans demandent à Louis XVIII s’il est bien convenable de laisser la dépouille de l’anticlérical Voltaire dans un lieu rendu à sa fonction d’église, le roi répond « Laissez-le donc, il est bien assez puni d’avoir à entendre la messe tous les jours ».
À son tour, la monarchie de Juillet retire l’église Sainte-Geneviève au culte catholique le 15 août 1830 et lui rend sa destination de panthéon qui s’appelle alors « le Temple de la Gloire ». David d’Angers refait le fronton et la célèbre devise « Aux grands hommes, la patrie reconnaissante » réapparaît. Pourtant durant cette période, personne ne sera panthéonisé.
De 1848 à 1851, sous la Deuxième République, il sera « Temple de l’Humanité », sans succès non plus pour d’éventuels nouveaux locataires.
Sous le Second Empire (1851-1870), l’édifice redevient une église et l’inscription disparaît à nouveau.
Ce n’est que depuis 1885, à l’occasion du décès de Victor Hugo et son inhumation au Panthéon, que l’église Sainte-Geneviève disparaît. Désormais le bâtiment est bien le lieu de repos des grands hommes honorés par la République.
Le fronton représente la République (au centre) donnant la Liberté et protégeant à sa gauche les Sciences – représentées par de nombreux grands savants (François-Xavier Bichat, Berthollet, Gaspard Monge, Laplace…), philosophes (Voltaire, Jean-Jacques Rousseau…), écrivains (Fénelon, Pierre Corneille…) et artistes (Jacques Louis David…) – et à sa droite l’Histoire – représentée par les grands personnages de l’État (Napoléon Bonaparte…) et étudiants de l’École Polytechnique.
En 1791, au moment de la création du concept de Panthéon français, c’est l’Assemblée constituante qui décide. La Convention en 1794 prendra le relais pour le choix de l’inhumation de Jean-Jacques Rousseau, mais aussi pour retirer Mirabeau en 1794 et plus tard Marat.
Pendant le Premier Empire, c’est bien sûr Napoléon Ier qui s’attribuera ce privilège.
Sous la Troisième République, ce sont les députés qui proposent et décident. Certains transferts, comme celui d’Émile Zola en 1908, déclenchent de violentes polémiques.
À l’heure actuelle, ce choix revient au président de la République. La famille peut s’opposer à cet honneur comme ce fut le cas pour Charles Péguy ou Albert Camus en 2009.
Les grands hommes admis au Panthéon
Mirabeau, lundi 4 avril 1791 :
Mirabeau meurt à Paris, le 2 avril 1791. La nuit à la lueur des flambeaux, son corps est porté au Panthéon, à travers le vieux Paris. L’édifice n’étant pas encore adapté à sa nouvelle destination, le cercueil est en fait déposé dans un caveau de l’ancienne église abbatiale.
Mais, en novembre 1792, la découverte de l’armoire de fer aux Tuileries livra la preuve des subsides qu’il avait touchés de la Cour… Le 12 septembre 1794, son cercueil était sorti du Panthéon par une porte latérale, tandis que celui de Marat franchissait la porte d’honneur. Dans son discours, David souligna cette simultanéité : « Que le vice, que l’imposture fuient du Panthéon. Le peuple y appelle celui qui ne se trompa jamais ». La dépouille de Mirabeau fut inhumée au cimetière de Clamart de manière anonyme.
Voltaire, lundi 11 juillet 1791 :
La décision des révolutionnaires français de transférer les restes de Voltaire au Panthéon marque pour eux l’affirmation d’une filiation avec le siècle des Lumières. Il s’agit sans doute d’une suggestion des Girondins, qui se réclamaient volontiers des idées du philosophe.
C’est en tout cas l’une des premières cérémonies révolutionnaires. C’est aussi l’affirmation du Panthéon comme temple laïc ; il faut se souvenir qu’à sa mort en 1778, Voltaire, franc-maçon et anticlérical, avait été enterré presque clandestinement, l’église catholique lui ayant refusé des obsèques religieuses. D’ailleurs, en toute logique, le clergé ne participera pas à la cérémonie de panthéonisation.
Ainsi, treize ans après sa mort (30 mai 1778), la dépouille de Voltaire est transférée au Panthéon. La nuit précédant le convoi funèbre, le cercueil est exposé dans les ruines de la Bastille, prison où avaient été détenus Voltaire et d’autres ennemis de l’Ancien Régime, devenue depuis symbole de la Révolution. La cérémonie est mise en scène par l’architecte Cellerier, adepte d’un style gréco-romain.
Un orchestre complet précède le sarcophage tiré par douze chevaux blancs. Les parois sont décorées de masques de théâtre, avec cette sentence :
« Il combattit les athées et les fanatiques. Il inspira la tolérance, il réclama les droits de l’homme contre la servitude de la féodalité. Poète, historien, philosophe, il agrandit l’esprit humain, et lui apprit à être libre. »
Jean-Paul Marat, 21 septembre 1794 :
Tandis que le corps de Marat franchissait la porte d’honneur, celui de Mirabeau était sorti par une porte latérale. L’éloge suivant est prononcé : « Comme Jésus, Marat aima ardemment le peuple et n’aima que lui. Comme Jésus, Marat détesta les rois, les nobles, les prêtres, les riches, les fripons et comme Jésus, il ne cessa de combattre ces pestes de la société ».
En 1795, il est considéré comme traître. Le 8 février, son cercueil est retiré du Panthéon, tous les bustes le représentant sont brisés, ses restes jetés dans les égouts. Son tombeau est maintenant dans le cimetière de l’église Saint-Étienne-du-Mont à côté du Panthéon.
Jean-Jacques Rousseau, samedi 11 octobre 1794 :
Tandis que le corps de Marat franchissait la porte d’honneur, celui de Mirabeau était sorti par une porte latérale. L’éloge suivant est prononcé : « Comme Jésus, Marat aima ardemment le peuple et n’aima que lui. Comme Jésus, Marat détesta les rois, les nobles, les prêtres, les riches, les fripons et comme Jésus, il ne cessa de combattre ces pestes de la société ».
En 1795, il est considéré comme traître. Le 8 février, son cercueil est retiré du Panthéon, tous les bustes le représentant sont brisés, ses restes jetés dans les égouts. Son tombeau est maintenant dans le cimetière de l’église Saint-Étienne-du-Mont à côté du Panthéon.
Jean-Jacques Rousseau, samedi 11 octobre 1794 :
La Convention nationale prend un décret le 14 avril 1794 ordonnant la translation des restes de Rousseau au Panthéon. Robespierre, disciple fidèle du Genevois, se charge de présenter à la Convention le décret qui doit asseoir la Révolution sur une base spirituelle et offrir au pays des cérémonies civiques où seront célébrés les dogmes de la morale nouvelle, pour remplacer les fêtes chrétiennes désormais interdites.
Victor Hugo, lundi 1er juin 1885 :
Le Panthéon est au centre de ces funérailles que la jeune République organise comme un événement fondateur de la symbolique républicaine. Depuis 1876, les républicains rêvaient d’en rétablir sa destination laïque. Mais le projet voté par la chambre, en 1881, avait été repoussé par le Sénat. Seule la célébrité de l’auteur des Misérables l’imposera brutalement. Jules Grévy, président de la République, décide alors de rendre au Panthéon son statut de temple républicain.
Le jeudi 28 mai 1885, l’église est fermée aux fidèles. Le lendemain, au petit matin, on enlève les symboles religieux du fronton. Malgré les protestations des catholiques, la transformation sera cette fois irréversible.
Enterrement de Victor Hugo :
Quand, deux ans avant sa mort, Hugo ajoute un codicille à son testament : « Je donne cinquante mille francs aux pauvres. Je désire être porté au cimetière dans leur corbillard. Je refuse l’oraison de toutes les églises, je demande une prière à toutes les âmes. Je crois en Dieu », il ne peut sans doute pas imaginer à quel point cette déclaration déiste va s’harmoniser avec la philosophie laïque et républicaine du gouvernement. Un corbillard des pauvres, certes, mais exposé sous l’Arc de Triomphe, voilé de noir, trônant au sommet d’un gigantesque catafalque construit par Charles Garnier, l’architecte de l’Opéra de Paris.
Théophile Malo Corret de la Tour d’Auvergne, le 4 août 1889 :
Baptisé « le plus brave parmi les braves » par Lazare Carnot pendant la Révolution Française, la sagesse de Théophile Malo Corret de la Tour d’Auvergne était entendue à chaque conseil de guerre. Sa carrière menée en Espagne puis en France lui valut d’être nommé « Premier grenadier de la République » par Napoléon Bonaparte.
Lazare Nicolas Marguerite Carnot le 4 août 1889 :
Militaire pendant la Révolution française, il fut surnommé en 1793 « l’organisateur de la victoire ». Général, Ministre de l’Intérieur ou membre de l’Académie des Sciences, il fut exilé lors de la Restauration et consacra la fin de sa vie à l’étude.
François-Séverin Marceau-Desgraviers, dit Marceau, le 4 août 1889 :
Jean-Baptiste Alphonse Baudin , le 4 août 1889 :
Ces quatre personnalités furent inhumées à l’occasion du centenaire de la Révolution française.
Sadi Carnot, 29 juin 1894 :
Il fut assassiné par l’anarchiste Casério le 24 juin. Il est le seul président de la République inhumé au Panthéon.
Marcellin Berthelot, lundi 25 mars 1907:
Ce savant meurt le 18 mars 1907. Son cercueil sera conduit directement au Panthéon ainsi que celui de son épouse, décédée le même jour qui avait manifesté le souhait de ne pas être séparée de lui.
Sa participation active à la laïcisation de l’État, à différents postes de responsabilité, n’est pas étrangère à ce choix dans le contexte politique de l’époque.
Émile Zola, jeudi 4 juin 1908 :
La décision de panthéoniser Émile Zola se situe dans un climat politique troublé, dans une France traumatisée et divisée par l’affaire Dreyfus
Quelques jours avant la cérémonie, Jean Jaurès, écrit : « La grande réforme de la Séparation, la plus grande qui ait été tentée dans notre pays depuis la Révolution française. » De plus, la France a rompu ses relations diplomatiques avec le Vatican, en 1904.
Léon Gambetta, jeudi 11 novembre 1920 :
Un discours est prononcé, lors de la cérémonie par le président de la République, Alexandre Millerand.
Jean Jaurès, dimanche 23 novembre 1924 :
Il fut assassiné par l’anarchiste Casério le 24 juin. Il est le seul président de la République inhumé au Panthéon.
Marcellin Berthelot, lundi 25 mars 1907:
Ce savant meurt le 18 mars 1907. Son cercueil sera conduit directement au Panthéon ainsi que celui de son épouse, décédée le même jour qui avait manifesté le souhait de ne pas être séparée de lui.
Sa participation active à la laïcisation de l’État, à différents postes de responsabilité, n’est pas étrangère à ce choix dans le contexte politique de l’époque.
Émile Zola, jeudi 4 juin 1908 :
La décision de panthéoniser Émile Zola se situe dans un climat politique troublé, dans une France traumatisée et divisée par l’affaire Dreyfus
Quelques jours avant la cérémonie, Jean Jaurès, écrit : « La grande réforme de la Séparation, la plus grande qui ait été tentée dans notre pays depuis la Révolution française. » De plus, la France a rompu ses relations diplomatiques avec le Vatican, en 1904.
Léon Gambetta, jeudi 11 novembre 1920 :
Un discours est prononcé, lors de la cérémonie par le président de la République, Alexandre Millerand.
Jean Jaurès, dimanche 23 novembre 1924 :
La décision du transfert de la dépouille de Jean Jaurès au Panthéon est l’occasion pour le gouvernement du Cartel des Gauches qui vient d’être élu de se donner un ancrage symbolique tout en rendant hommage à celui qui a tenté d’empêcher la guerre.
Paul Langevin, mercredi 17 novembre 1948 :
Jean Perrin,mercredi 17 novembre 1948 :
La cérémonie a lieu le même jour pour ces deux scientifiques.
Victor Schoelcher, vendredi 20 mai 1949 :
Félix Éboué, vendredi 20 mai 1949 :
Après une veillée funèbre à l’Arc de Triomphe en présence du président de la République, Vincent Auriol, et des plus hautes personnalités de l’État, le cortège, aux accents de la Marche funèbre de Frédéric Chopin, monte du palais du Luxembourg vers le Panthéon entre une double haie de soldats. Les cendres de Victor Schoelcher et de Félix Éboué prennent alors place dans la crypte auprès de celles de Jean Jaurès.
Louis Braille, dimanche 22 juin 1952 :
Jean Moulin, samedi 19 décembre 1964 :
René Cassin, lundi 5 octobre 1987 :
Celui que l’on honore ce jour-là est un juriste, prix Nobel de la paix en 1968. On lui doit d’avoir fait adopter la Déclaration universelle des droits de l’Homme.
Jean Monnet, mercredi 9 novembre 1988 :
René Cassin, lundi 5 octobre 1987 :
Celui que l’on honore ce jour-là est un juriste, prix Nobel de la paix en 1968. On lui doit d’avoir fait adopter la Déclaration universelle des droits de l’Homme.
Jean Monnet, mercredi 9 novembre 1988 :
« « Il y a très exactement cent ans, le 9 novembre 1888, Jean Monnet naissait à Cognac, en Charente, et sa vie qui fut longue et féconde raconte comment un petit provincial de Saintonge devint le premier citoyen de l’Europe… »
L’abbé Grégoire, mardi 12 décembre 1989 :
Gaspard Monge , mardi 12 décembre 1989 :
Condorcet , mardi 12 décembre 1989 :
La cérémonie de transfert des cendres de ces trois personnalités a lieu à l’occasion des fêtes du bicentenaire de la Révolution française, en présence de François Mitterrand, président de la République française.
« Révolutionnaires en votre temps vous l’étiez. Révolutionnaires en notre temps vous le demeurez… Alors Salut et Fraternité. Bienvenue chez vous dans le temple de la République, dans le Parlement fantôme des hommes libres, égaux et fraternels. »
Marie et Pierre Curie, jeudi 20 avril 1995 :
Pour la première fois dans l’histoire, une femme est admise, pour ses propres mérites et aux côtés de son mari, dans le sanctuaire des grands hommes.
À noter : Par peur des radiations, le cercueil de Marie a été plombé.
André Malraux, samedi 23 novembre 1996 :
Malraux est le cinquième écrivain à entrer au Panthéon
Alexandre Dumas, samedi 30 novembre 2002 :
Pour la première fois dans l’histoire, une femme est admise, pour ses propres mérites et aux côtés de son mari, dans le sanctuaire des grands hommes.
À noter : Par peur des radiations, le cercueil de Marie a été plombé.
André Malraux, samedi 23 novembre 1996 :
Malraux est le cinquième écrivain à entrer au Panthéon
Alexandre Dumas, samedi 30 novembre 2002 :
« Avec ce geste, la République donnera toute sa place à l’un de ses enfants les plus turbulents et les plus talentueux, dont toute la vie fut au service de notre idéal républicain. »
« Le nom d’Alexandre Dumas est plus que français, il est européen ; il est plus qu’européen, il est universel. ». Puis le cercueil d’Alexandre Dumas est descendu dans le caveau XXIV où se trouvent déjà ceux de Victor Hugo et d’Émile Zola.
Qui sera le prochain grand homme ?
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